Les secrets du Vatican


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L'actualité papale

Presse écrite


LE BIEN PUBLIC - 21 mars 2009


Bernard Lecomte : "Le pape n'est ni un imbécile ni un meurtrier !"

Le Bien Public : - Que pensez-vous des récentes déclarations de Benoît XVI sur le préservatif ?
Bernard Lecomte : - Le pape, à coup sûr, a fait une erreur de communication. Lâcher, dans un avion, entouré de journalistes qui ne demandaient que ça, une phrase, au minimum maladroite et en tout cas désolante, sur le préservatif, c'était une grossière erreur. Le résultat frappe tous les observateurs : depuis deux jours, plus personne ne parle plus de l'Afrique, de ses drames, de la misère, des génocides et de tous les sujets abordés par le pape. On ne parle que du préservatif.
LBP : - L'hebdomadaire Golias condamne sévèrement ces propos. N'y a-t-il pas un grand fossé entre le pape et une partie des catholiques ?
BL : - Golias a toujours condamné tous les propos du pape. Ce n'est pas une surprise si ce petit groupe de catholiques progressistes critique le pape. C'est beaucoup plus du côté des grandes masses catholiques traditionnelles qu'il faut regarder (...) 98 % des catholiques condamnent évidemment le négationnisme, les déclarations de l'évêque Williamson. 98 % des catholiques condamnent, dans l'affaire de la petite brésilienne, la priorité donnée au droit canon sur la miséricorde, l'amour et la compassion que tout catholique doit ressentir à l'égard de cette fillette de neuf ans, enceinte de jumeaux de son beau-père violeur. Sur le préservatif, la proportion n'est peut-être pas la même mais un grand nombre de catholiques, en France, en Allemagne, dans les pays occidentaux, ne comprend pas la déclaration du pape disant que le préservatif aggrave la pandémie du sida. Le pape n'est ni un imbécile ni un meurtrier. Qu'a-t-il voulu dire ? Que si l'Eglise permet l'utilisation du préservatif en Afrique, elle va accroître cette permissivité qui va rendre plus compliquée la lutte contre cette maladie. Ce raisonnement est rationnel. Le pape a commis une erreur de communication en ne s'expliquant pas plus précisément sur cette idée, qui est d'ailleurs une idée secondaire par rapport à l'interdiction de la contraception. L'erreur du pape est d'avoir, en une phrase, mordu sur le plan scientifique et technique qui n'est pas de son ressort. Ce n'est pas au pape de juger de l'efficacité du préservatif. En revanche, que le pape applique la règle de l'Eglise, qui est la même que celle de Jean-Paul II et Paul VI, à savoir que la contraception n'est pas admise, c'est son métier de pape. Peut-être, un jour, l'Eglise reviendra-t-elle là-dessus ? Beaucoup de catholiques le souhaitent. Pour l'instant, c'est la règle, la discipline que le pape exige de ses fidèles. Discipline, il faut le dire, très peu suivie. La grande majorité des catholiques, dans nos sociétés et en Afrique, ne suit pas le pape dans ces règles-là.
LBP : - L'affaire Williamson, l'affaire de la petite fille violée au Brésil, la question du préservatif… Cela commence à faire beaucoup ?
BL : - Beaucoup de catholiques sont très mal à l'aise en ce moment. Voyez le journal La Vie, les éditoriaux du journal La Croix, les prises de positions de nombreux évêques comme Mgr Daucourt, évêque de Nanterre, Mgr Di Falco ou bien d'autres. De nombreux catholiques sont mal à l'aise et se demandent si Benoît XVI est bien le pape de ces temps modernes qu'il faudrait. La comparaison vient automatiquement à l'esprit avec Jean-Paul II qui, sur le fond, disait la même chose, mais qui, sur la forme, était en phase avec le monde, parlait avec les foules, était en contact proche avec les fidèles. Benoît XVI est un vieux monsieur, un vieux théologien, très cultivé, plutôt sympathique, mais qui est isolé, qui n'est pas en contact quotidien avec ce monde de plus en plus compliqué, cette planète mondialisée où toute gaffe, toute phrase maladroite, fait le tour du monde en moins de 24 heures. Depuis juillet 1968, la position de l'Eglise est claire : elle n'admet pas la contraception, ni la pilule ni le préservatif. Cette position n'est pas "dogmatique". De même que jamais un pape n'acceptera l'avortement, on peut penser, qu'un jour, l'Eglise assouplira sa position sur le préservatif : les deux sujets ne sont pas du même ordre. L'un touche au dogme ("Tu ne tueras point"), l'autre touche à la discipline morale. Nous avons vu souvent, en 2000 ans, l'Eglise évoluer en matière morale. Et c'est heureux !
(Propos recueillis par Francis Ziegelmeyer)

Parisien/Aujourd'hui en France- 29 janvier 2009


L'affaire Williamson, "une catastrophe pour l'église"
Ecrivain, spécialiste de Rome, Bernard Lecomte publie ce jeudi "Les secrets du Vatican" (*)

Quel regard portez-vous sur l'affaire Williamson ?
C'est une vraie catastrophe pour l'Eglise. En quelques déclarations, un extrémiste marginalisé a mis à bas vingt ans d'efforts de rapprochement et de dialogue entre les catholiques et les juifs. Benoît XVI a réagi hier en mettant les points sur les i, en admettant son erreur, mais je crains que les conséquences à long terme ne soient fâcheuses. L'image de l'Eglise catholique risque d'en souffrir durablement.
Le voyage en Israël, prévu dans deux mois, s'annonce-t-il mal ?
Cela risque d'être un voyage tendu et compliqué, évidemment. Le pape n'annulera pas, mais je ne sais pas ce qu'il en sera de l'Etat hébreu. On verra... En attendant, je suis sûr que Benoît XVI profitera de ce séjour en terre sainte pour remettre les pendules à l'heure, et rappellera tout ce qui a été fait ces vingt dernières années pour rapprocher les communautés juive et catholique.
Le pape a-t-il commis une faute ?
Sa faute, et celle de la Curie [son entourage au Vatican], est de n'avoir pas pris la précaution d'anticiper les déclarations de Richard Williamson. Or cet évêque, l'un des quatre intégristes que Benoît XVI a souhaité réintégrer après le schisme de 1988, est un extrémiste notoire, totalement opposé à l'idée de ce geste papal de réconciliation. En renouvelant ses propos négationnistes, Williamson a agià dessein. Personne n'imagine qu'il les a tenus par hasard, le jour où le Vatican annonçait la réintégration des quatre évêques dans le giron de l'Eglise. Il savait très bien que ces déclarations entraîneraient un emballement médiatique, et qu'elles plomberaient le pape.
Son erreur est donc d'avoir négligé les réactions médiatiques ?
De n'avoir pas su les prévoir, oui. Le pape actuel a du mal à s'adapter à l'évolution des médias et du poids de l'opinion publique. «Notre temps n'est pas celui des médias», répètent-ils toujours. Et bien si, justement. Aujourd'hui, l'Eglise n'échappe pas à la règle de la mondialisation.
Aujourd'hui, c'est un prêtre italien intégriste qui nie à son tour l'existence des camps de la mort...
L'Eglise se retrouve piégée par les propos intolérables de deux ou trois extrémistes. Pourtant, sur cette question, Benoît XVI est inattaquable. Il a toujours été partisan d'un dialogue soutenu avec les Juifs. Ce serait injuste de lui faire le procès d'être allemand et antisémite. Il ne l'est pas. Son parcours en témoigne.
Il y a deux ans, son discours de Ratisbonne avait choqué les musulmans. Peut-on parler de pape maladroit ?
Peut-être, oui. A Ratisbonne, il avait commis une petite bourde dans un discours qui avait mis le feu dans la communauté musulmane. Cette nouvelle affaire, qui heurte cette fois les Juifs, montre en tout cas que Benoît XVI n'a pas le même sens de la communication que Jean-Paul II.
Sentez-vous l'Eglise française désemparée par cette polémique ?
Les réactions de l'Eglise française sont très vives, sans doute parce que c'est en France que sont la moitié des intégristes, et Mgr Lefebvre, à l'origine du schisme de 1988, était Français. Depuis trois jours, les évêques et les journaux catholiques font des efforts désespérés pour calmer le jeu. On les sent bouleversés. Et je les comprends: depuis deux décennies, ils s'emploient chaque jour à travailler au rapprochement avec la communauté juive. L'immense majorité des catholiques français est folle de rage de l'opprobre que les propos révisionnistes de Williamson fait peser sur leur Eglise.

(*) «Les secrets du Vatican» sort aujourd'hui aux éditions Perrin, 387 pages, 21,50 €.





LE PROGRES DE LYON
25 février 2009



LE PARISIEN - 5 février 2009

www.amateur-idees.fr


Le pape et les évêques intégristes

Mardi 27 janvier 2009, par
Laurent Lemire

On savait les caves du Vatican profondes, mais à ce point-là... En dix-sept chapitres, Bernard Lecomte explore autant d’affaires plus ou moins ténébreuses, de la première guerre mondiale à nos jours, concernant un État qui n’a toujours pas fait sa glasnost. Et il aide à comprendre aussi pourquoi le pape a levé l’excommunication de quatre évêques intégriste dont l’un s’est répandu à plusieurs reprises en propos négationnistes.

Benoît XVI a levé l’excommunication qui frappait quatre évêques intégristes depuis 1988 et les a assurés de la miséricorde paternelle. Parmi ce quarteron d’extrêmes mitrés, le Britannique Richard Williamson qui minimise la Shoah depuis des années et nie l’existence des chambres à gaz. La presse, notamment en Allemagne, pays originaire de Benoît XVI, s’est indignée un peu partout dans le monde de cette mesure de clémence pontificale. Pour saisir les motivations du pape, il faut plonger dans le livre de Bernard Lecomte sur les secrets du Vatican qui parait cette semaine [
1]. Dans le chapitre intitulé « un schisme pour rien », ce journaliste, biographe de Jean-Paul II et spécialiste des affaires du Saint-Siège, raconte « pourquoi l’affaire Lefebvre fut un vrai faux schisme », mais surtout il donne quelques clés pour comprendre ce qui a lié, avant de les opposer, Mgr Ratzinger, futur Benoît XVI, et l’évêque d’Ecône mort en 1991. Passons sur le caractère borné du schismatique Lefebvre, son héritage familial maurrassien et ses liens avec des mouvements ultraconservateurs – pour ne pas dire plus – comme l’ordre du Rouvre ou les Chevaliers de Notre-Dame qui ont mis à sa disposition l’ancienne maison des chanoines du Grand-Saint-Bernard à Ecône pour y accueillir la Fraternité de Saint-Pie-X. Bernard Lecomte nous en dit beaucoup sur les relations qui se sont nouées entre le théologien futur pape et le dissident au moment de la réforme liturgique qui sonnait, après Vatican II, le glas de la messe en latin en 1970.
« Convaincus que « la crise de l’Eglise repose largement sur la désintégration de la liturgie », les deux hommes n’auront pas de mots assez durs, l’un et l’autre, contre cette réforme. L’évêque dissident et le futur préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, appelé à devenir Benoît XVI, sont sur la même longueur d’onde. Ratzinger consigne doctement ses réflexions dans ses livres ; Lefebvre, lui, enfourche promptement ce cheval de bataille qui va lui apporter notoriété et ralliements. » Dans son
blog, Bernard Lecomte, actualise son analyse et pose plus directement la question sur l’évêque négationniste. « Le pape ne pouvait-il pas condamner fermement cette brebis égarée au lieu de la réintégrer dans le giron de l’Eglise ? Certes. Mais le pape peut-il sélectionner les bons et les mauvais catholiques en fonction de leurs opinions politiques, même les pires – sauf à être accusé, alors, de rétablir l’Inquisition ? » Pourtant jusqu’où la tolérance d’une Eglise peut-elle aller à l’endroit de ceux qui affichent un tel mépris de l’histoire, de la mémoire et du genre humain ? La tolérance, il y a des maisons pour ça, disait Claudel. Et ce n’est pas du Vatican qu’il parlait…

[
1] Les secrets du Vatican (Perrin).

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27 août 2010 | blecomte2@orange.fr

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